Mutsuro NAKAZONO

(1918-1994)

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Mutsuro NAKAZONO débarque à Marseille en 1962.

Il est envoyé par l’Aïkikaï de Tokyo.

Passionné d’acupuncture, abandonnera t-il pour autant l’Aïkido ?

 

Qui est Mutsuro NAKAZONO ?

Mutsuro NAKAZONO (on dit aussi «  Masahilo, Masahiro, et j’en passe) naît le 20 décembre 1918 dans la préfecture de Kagoshima, sur l’île de Kyushu.
Il pratique le Kendo à l’âge de sept ans, puis le Judo à douze ans et le Karaté à dix-neuf ans.
En 1933, il obtient sa ceinture noire en Judo.
Il commence à s’intéresser à l’acupuncture et à la médecine chinoise.
En 1941, il entre dans le dojo du fondateur Morihei UESHIBA qui l’initiera au kotodoma (ou kototama)(1).
En 1942, il obtient son 3ème dan de Kendo Butoku kai par K.OGAWA Shihan.
En 1948, il est promu 5ème Dan de Judo Kodokan.
Au début des années 50, il aurait accompagné en Inde Nyoichi SAKURAZAWA, le fondateur de la macrobiotique, pour l’aider à guérir ses patients atteints de lèpre. Nous n’avons pas connaissance du succès de son intervention auprès de SAKURAZAWA ; pas plus que nous n’avons connaissance d’un miracle équivalent depuis la guérison des lépreux par Jésus-Christ .
A son retour du Japon, il continue d’étudier la médecine traditionnelle.
En 1956, il est promu 6ème dan d’Aïkido.
En 1958, NAKAZONO quitte le Japon pour devenir instructeur de combat pour la police et les troupes parachutistes de l’armée sud-vietnamienne.
En 1962, il arrive en France où il est désigné pour succéder à Tadashi ABE, pionnier de l’aïkido en Europe.

Son parcours en France :

Que dit-on de la suite de son parcours sur les sites des fédérations?
Sur www.aikicam.com par exemple :

« Désigné expert de l’ACEA (Association Culturelle Européenne d’Aïkido), il enseigne à ses débuts au dojo de Marseille ainsi qu’à la Légion Etrangère.   Pratiquant de Judo de haut niveau, NAKAZONO Senseï se lie d’amitié avec les maîtres Kenshiro ABBE et Haku MICHIGAMI basé en Angleterre. Il est promu 6ème Dan du Judo par Kenshiro ABBE Sensei quelques temps après… » « …En France, NAKAZONO Sensei anime régulièrement des stages communs avec les Maîtres Masamichi NORO, arrivé peut de temps après lui en 1961, et Nobuyoshi TAMURA, arrivé en 1964. Ce dernier lui succède au dojo de Marseille après son départ pour Paris. Dans son dojo de la porte Saint-Martin, maître NAKAZONO instaure des exercices de méditation avant la pratique et refuse toutes codifications puisque celles-ci n’existent pas au Japon. Beaucoup d’élèves le quittent alors… »

Dans cet extrait, on parle brièvement d’association ACEA, de maîtres de judo japonais (secondaire ici), et de méditation qui tourne court.
Allons plus loin que nos amis de la 2F3A, et rentrons dans les détails :
Tout d’abord, qu’est-ce que l’ACEA ?
L’Association Culturelle Européenne d’Aïkido a été créée par messieurs ROSSIGNOL, CHASSANG, et madame DAEMS en 1962 pour contrer la mise en place d’une organisation quelque peu personnelle d’André NOCQUET. Hé oui, encore lui.
Rappelez-vous la biographie de Tadashi ABE, et le le projet de NOCQUET de s’attribuer l’exclusivité de l’Aïkido en France.
Elle deviendra l’ACFA (Association Culturelle Française d’Aïkido), sous l’ère NORO/NAKAZONO.
Il faut savoir, qu’en France, depuis le départ de Tadashi ABE, NOCQUET ne parvient pas à faire l’unanimité parmi les pratiquants , comme on peut le découvrir dans cet extrait d’un article de www.aikido-buzancais.sitego.fr, un site FFAB:

« En France, la révolte gronde. André Nocquet ne parvient pas à faire l’unanimité parmi les pratiquants, dont certains n’acceptent pas de lui laisser le premier rôle pour diriger et développer l’Aïkido comme il l’entend. Une demande est faite, auprès de l’Aïkikaï, pour déléguer en France un expert japonais. Certainement très flatté par cette démarche, les Japonais choisissent Mitsuro Nakazono qui arrive en 1961 à Marseille » …

On en sait donc un peu plus sur la raison de la venue de NAKAZONO en France. 
Mais poursuivons la lecture de cet article :

«…Ce choix n’est peut-être pas le meilleur. En effet, Maître Nakazono est très influencé par la philosophie et la spiritualité. Sans remettre en cause ses qualités, le contraste est cependant saisissant avec le « guerrier » Tadashi Abe. Le nouvel expert refuse toutes codifications puisque celles-ci n’existent pas au Japon. Dans son dojo de la porte Saint-Martin, à Paris, il instaure des exercices de méditation avant la pratique, comme le fondateur O Sensei avait l’habitude de le faire. Beaucoup d’élèves le quittent … ».

Le constat est le même : les exercices de méditation avant la pratique proposés par NAKAZONO font fuir les élèves qui assistent à ses cours. (info constatée sur plusieurs sites: voir leurs liens dans références en haut de page).
Il faut dire que le contraste est effectivement brutal entre « un acupuncteur en transe  » et « un agité du bocal qui saute sur tout ce qui bouge ».
Mais ce n’est pas la seule raison de la désertion par les pratiquants des cours de NAKAZONO.
A l’image de NORO, qui fut accueilli avec « beaucoup de glace, mais pas beaucoup de pastis » à sa descente de bateau à Marseille, l’accueil de NAKAZONO ne fut pas des plus chaleureux non plus. 
Certains professeurs français voyant là un coup d’arrêt à leur ambition personnelle, il fut dans leur intérêt de s’éloigner de NAKAZONO.
L’arrivée en 1964 de maître TAMURA Nobuyoshi ne va pas lui faciliter la tâche non plus, puisque ajoutée à la présence de NORO, la « concurrence » va s’avérer rude.
Il faut savoir qu’à ce moment-là, les relations entre les pratiquants français et l’Aïkikaï de Tokyo ne sont pas au « beau fixe ». La différence culturelle entre les deux pays est énorme, et le système hiérarchique des Menkyo, que prêche NAKAZONO n’arrive pas à convaincre les dirigeants français.
Mutsuro NAKAZONO considère qu’une fédération sportive qui pratique en son sein de l’aïkido traditionnel est une absurdité. Son refus des codifications établies par son prédécesseur Tadashi ABE, montre bien sa volonté viscérale de se détacher d’un cadre sportif qui ne peut que détruire cet art martial.
On verra que maître Tamura sera confronté aussi à ce même paradoxe français, il le raconte dans cet extrait tiré du site www.aikidotakemusu.org :

« …c’est au début des années 70 que le ministère de la jeunesse et des sports a décidé, dans le cadre de la Fédération Française de Judo, que l’Aikido devait se rattacher à cette fédération. C’était cela ou mourir, car nous étions considérés comme un sport, et de plus assimilés au Judo. Moi-même je ne considérais pas l’Aikido comme un sport. Maître Noro s’y était opposé, et n’a jamais rejoint la FFJDA. Maître Nakazono avait déjà évolué vers un enseignement personnalisé, s’inspirant beaucoup du kototama (sons sacrés du Shintô). Évidemment, lui aussi était contre une fédération sportive de l’Aikido et il est reparti plus tard aux Etats Unis. Alors plutôt que de laisser l’Aikido se désintégrer et devenir un hors la loi auprès des ministères, j’ai accepté la direction technique de l’Union Nationale de l’Aïkido »… 

En effet, les guerres intestines entre fratries françaises de l’Aïkido rendent compte des difficultés de son organisation, plutôt calamiteuse dans notre pays. En 1965, l’aïkido dépend toujours de la FFJDA( Fédération Française de Judo et Disciplines Assimilées). Enregistrant de plus en plus de licenciés dans cette discipline (pour 111 club, il y a 2200 licenciés), elle devient «la « Fédération Française de Judo et Disciplines associées ».
La belle affaire !
Elle est toujours composée des 2 groupes dits « MOCHIZUKI » sous la tutelle de MOCHIZUKI Fils et « UESHIBA » toujours sous l’influence d’André NOCQUET (voir biographie Mochizuki père sur ce site).
En 1967, ce dernier créé la FFAD (Fédération Française d’Aïkido). Certainement pour se démarquer un peu plus du groupe « MOCHIZUKI », mais surtout des autres protagonistes naissants tels que TAMURA Senseï, et ceux, déjà présents sur le sol français depuis plus de deux ans, NORO et NAKAZONO. 
NOCQUET rejette d’ailleurs la même année la proposition de définir un programme commun avec la FFAJD.
Entre 1968 et 1970, le nombre des licences d’aïkido à la FFAJD, qui reste la plus grosse « réserve d’aïkidokas » en France, passe de 2720 à 4387.
Le 24 juin 1971 est créé l’Union Nationale d’Aïkido (UNA), à l’issu d’un accord signé deux mois auparavant entre l’ACFA (Association Culturelle Française d’Aïkido) de NORO et la FFJDA.
C’est de cette « union » dont parle maître TAMURA dans l’extrait présenté.
A la fin de l’année 1971, l’UNA comptera 6762 licenciés dont 972 amenés par l’ACFA.
L’histoire de l ‘Aïkido ne s’arrêtera pas là. Son organisation évoluera bien encore, vous aurez le loisir de le découvrir sur les prochaines biographies à venir.
Revenons en 1964. TAMURA Senseï prend donc les rennes de l’ACFA.
Face au succès rapide que rencontre TAMURA à Marseille, NAKAZONO décide de monter à Paris. 
Là-bas, il dispense quand il le peut des cours de médecine douce, et continue d’enseigner l’Aïkido. Quand la situation se présente, il dirige stages organisés un peu partout en France, notamment à Strasbourg, Lyon, Annecy. 
En 1967, il fonde l’institut Kan nagara où il y enseigne pour la 1ère fois le Kototama (les mots de l’âme), qui est une science des sons, que pratiquait régulièrement O’Senseï avec ses disciples les plus fidèles.
Mais la sauce ne prend toujours pas. Et les démêlés judiciaires liées à la pratique de thérapies alternatives non reconnues par l’Etat vont certainement former la dernière goutte qui va faire déborder la baignoire. Las de ses échecs successifs, il quitte la France et ira s’installer en 1972 à Santa Fe dans l’état du Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis, si on en croit le site www.aikidomontluconasptt.hautetfort.com :

« En 1970, il refuse le grade de 8°Dan émis par le Hombu Dojo et s’éloigne de ce système. Ne pouvant appliquer librement ses enseignements de médecines traditionnelles en France, il part pour Santa Fe au Nouveau-Mexique, en 1972, où il ouvre une clinique et un dojo pour y enseigner l’Aïkido et la Médecine Orientale. 
En 1978, il établit un centre au Nouveau Mexique : le Kototama Institut. En 1984, la ville de Santa Fe lui remet la distinction de « Trésor Vivant de Santa Fe », et en 1985  le Sénat de l’État du Nouveau Mexique l’honore en lui remettant la distinction de « Réalisation Exceptionnelle », « pour avoir inspiré et conduit le passage de la législation sur l’acupuncture au Nouveau Mexique, pour avoir créé des écoles et pour sa pratique professionnelle et sa transmission de l’acupuncture dans l’état depuis 1972 »
.

(les mêmes propos sur www.aikicam.com ou bien sur www.aikidoettradition.fr)
On notera au passage son refus d’obtenir son 8ème Dan des mains de Kisshomaru UESHIBA du Hombu dojo pour les mêmes raisons que son prédécesseur Tadashi ABE ou que Koichi TOHEI quatre années plus tard: il ne reconnait pas l’autorité de l’Aïkikaï de Tokyo, estimant que seul le fondateur de l’Aïkido était apte à délivrer les grades ( voir biographie Tadashi ABE ).
En ce qui concerne ses liens avec la France, il y reviendra quelquefois, pour des motifs qui seront sans rapport avec l’Aïkido.
Mutsuro NAKAZONO s’éteint le 8 octobre 1994, à l’âge de 75 ans.

Ce qu’il faut retenir :

Mutsuro NAKAZONO ne laissera pas de traces indélébiles dans le paysage de l’Aïkido français. Même le Kotodama, si cher à ses yeux ne sera pas parvenu jusqu’à nous. 
Dans la plupart des dojos d’Europe, quand vous parlez de kotodama, personne n’a idée de ce que cela signifie. Le terme même de kotodama est inconnu de la plupart des pratiquants d’Aïkido aujourd’hui.
On retiendra sa volonté de préserver l’Aïkido dans son intégrité, tel que l’aurait voulu son fondateur Morihei UESHIBA.
Il quitte la France, écoeuré autant par le système des fédérations françaises (conscient des dégâts qu’elles engendraient à l’encontre d’un art martial tel que l’Aïkido), que par le rouage des institutions, qui le prive notamment de donner des cours de médecines « traditionnelles » dans l’hexagone.
Et délaissera l’Aïkido au profit de sa passion pour ces médecines « traditionnelles » que l’on qualifie parfois d' »alternatives », telle que l’acupuncture, la guérison par imposition des mains, la restructuration énergétique, etc,…
Des pratiques qui auront l’avantage d’attirer des clients qui n’ont pas trouvé de réponse dans la médecine classique, mais aussi son lot de curieux suicidaires, de désespérés atteints de cancer ou de lèpre, de cougars aux ongles cassés ou bien de clientèle bourgeoise en mal de bien-être. 
Un business qui ravira Musturo mais aussi son fils Jiro, qui n’aura pas à se lever le matin pour aller bosser.
Il nous livre d’ailleurs un témoignage d’une profonde niaiserie. On n’a certainement pas rencontré son équivalent depuis la disparition du Stegosaurus sur terre. 
Tout çà sur le site www.art-martial.org. 
A l’origine de la parution de cet article qui a plus sa place au rayon ados et puberté qu’au rayon arts martiaux: Léo Tamaki. Encore un article à la hauteur de son talent.
Un bref extrait vous donne l’ampleur de la qualité du débat engagé :

« Comment s’est passée son arrivée aux Etats-Unis ? (il parle bien entendu de son père, Mutsuro)

En fait il s’est retrouvé dans une petite ville qui s’appelait Big Indian où il y avait un groupe de yogis près de Woodstock et ses premiers élèves aux Etats-Unis étaient des hippies. (rires) 
A l’Ashram de Big Indian il a eu sa première expérience avec la marijuana. Il m’a raconté « Mes oreilles sont devenues énormes! J’ai commencé à voler. En Aïkido je ne sais pas comment voler mais avec ces oreilles géantes je pouvais voler! ». Ensuite avec quelques élèves de Woodstock ils se sont acheté un microbus Wolkswagen et ils ont fait la traversée du continent. Finalement il a découvert Santa Fe au Nouveau Mexique et s’y est installé. C’était en 1972 je crois. »

On comprend mieux aujourd’hui pourquoi Mutsuro NAKAZONO murmure aux oreilles des rochers de Carnac sur www.onsei-do.blogspot.fr , extrait du dernier chapitre d’ un de ses recueils intitulé: « La source de la civilisation actuelle » :

 » Lorsque je suis venu en France en 1989, je suis allé voir les mégalithes de Belle-Ile et de Carnac. Ces pierres dégageaient une vibration très puissante, aussi puissante quand je les regardais de loin que quand je les touchais. C’était comme le réveil d’un ancien souvenir. J’ai senti l’ esprit des anciens Celtes qui me parlait… »

Sans doute a t-il su trouver là l’écho qu’il n’a jamais eu lorsqu’il enseigna l’Aïkido en France ?
Comme quoi, tout arrive un jour à qui sait attendre. 
nakazono_druide1 
Ci-dessus NAKAZONO « le Blanc » à Carnac
Quelques reférences :
www.aikicam.com ( pdf )
www.aikido-buzancais.sitego.frpdf )
www.aikidotakemusu.orgpdf )
www.aikidomontluconasptt.hautetfort.compdf )
www.aikidoettradition.frpdf )
www.art-martial.orgpdf )
www.onsei-do.blogspot.frpdf )
www.energetiquebretagne.compdf )
(1) Si vous voulez découvrir le Kototama de Mutsuro NAKAZONO, cliquez sur le lien suivant: www.energetiquebretagne.com. 
Vous découvrirez que NAKAZONO était aussi télékinésiste !
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