Tadashi ABE

(1926-1984)

abe_tadashi

Tadashi ABE arrive en France en 1952, un an après la venue de Minoru Mochizuki.

Il a un faible pour la bagarre, l’alcool et la fête.

Parviendra t-il à répandre l’aïkido de Morihei Ueshiba en France?

 

Qui est Tadashi ABE ?

Tadashi Abe est né en 1926 d’un père richissime, lui-même élève de Morihei Ueshiba. En 1942, à l’âge de 16 ans, certainement poussé par son père, Tadashi découvre l’Aïkido dans le dojo du maître à Osaka.
La fin soudaine de la seconde guerre mondiale le prive de monter dans la torpille(1) qui devait l’emmener rejoindre son escadron au paradis des kamikazes.
Cette frustration n’arrangera en rien son comportement de tête brûlée. Il sera toujours prêt à se bagarrer avec n’importe qui, n’importe quand et peu importe la légèreté du prétexte trouvé dans ces moments là. D’une manière générale, il ne peut pas s’empêcher de taper sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas (il déglinguera des poteaux jalonnant les trottoirs, mais aussi des voitures en stationnement, glissant un billet sous les essuies-glace en guise de dédommagement).
En 1952, après plusieurs années de pratique auprès du fondateur, il est nommé 6ème Dan. Il reçoit le Menkyo-Kaidens des mains du maître.
La même année, fraîchement diplômé en droit à l’université de Waseda, il est envoyé par Morihei UESHIBA en Europe dans le but de poursuivre l’implantation de l’Aïkido, commencé un an plus tôt par Minoru MOCHIZUKI. Il est mandaté en tant que représentant officiel du Hombu Dojo, dirigé à l’époque par le 3ème fils du fondateur, Kisshomaru UESHIBA.
Le jeune Tadashi part donc pour la France et débarque à Marseille..
Les débuts sont difficiles.
Parler à peine quelques mots de français s’affiche comme un gros handicap. C’est d’ailleurs certainement pour se familiariser avec notre langue dans un contexte qu’il domine, le droit, que Tadashi ABE étudiera à la Sorbonne, peu après son arrivée à Paris.

Ce qu’il fait chez nous :

Ses relations naissantes avec des budokas connus comme maître  MICHIGAMI Haku et maître KAWAISHI Mikinosuke lui faciliteront l’accès aux dojos nationaux, et l’aideront dans sa tâche. Cette information est relatée sur de nombreux sites tel www.aikicam.com  pour le passage suivant:

« Représentant officiel du Hombu Dojo, il enseigne l’Aïkido dans le dojo de Judo de Maître Mikinosuke KAWAISHI. Ce dernier l’aide dans sa tâche et lui conseille de codifier les mouvements sous forme de séries pour adapter l’apprentissage de l’Aïkido aux esprits européens. 
De 1952 à 1960, il suit méthodiquement ce conseil et développe une approche « rationnelle » des technique
».

Cela aboutira à la création de 2 ouvrages sur l’Aïkido, fruit de sa collaboration avec Jean Zin, son élève , il s’agit de :
  • « L’arme et l’esprit du samouraï japonais » paru en 1958
  • « La victoire par la paix » paru en 1960

livres_tadashi_abe

Grâce à son statut d’officier de la marine impériale japonaise, il signera aussi un contrat avec la légion étrangère, en tant qu’instructeur de combat.
Les anecdotes au sujet de son passage au sein de la Légion, sont nombreuses. Certaines sont un peu « tirées par les cheveux ». Celle au sujet de NAKAZANO Mutsuro lors de sa première visite en France vers 1959, racontée par son fils Jiro lui-même, participe certainement à gonfler la réputation des protagonistes en question, jugez plutôt :

« Quand mon père est arrivé ils sont allés enseigner à la Légion étrangère. Il avait été invité par maître Tadashi Abe. Comme il était plus âgé, Abe senseï l’a fait passer devant lui. Mais deux soldats d’environ 1 mètre 90 les attendaient avec des battes de base-ball pour les attaquer! Mon père s’est occupé de l’un des deux et Tadashi Abe de l’autre. Ils les ont tabassés. Abe senseï adorait se battre. Il faisait du kenka Aïkido, de l’Aïkido de bagarre. Depuis quand les soldats les rencontraient ils les saluaient en les appelant « maîtres« . »

Une autre anecdote, provenant d’une source de l’armée française :

« Suite au budget restreint de la Légion Étrangère, Tadashi ABE aurait vu son contrat prendre fin, ce qui ne fut pas de son goût. Pour manifester son mécontentement, il aurait donné un coup de poing dans un mur. Il est dit que la force du coup fut si puissante, qu’une brique s’en serait délogée. »

Quel crédit peut-on apporter à ce type de récit ?
En ce qui concerne la 1ère anecdote, ça sent un peu la fable, comme celles que je vous laisse découvrir sur le site www.ecoletenchiaikido.com
Pour la deuxième, pourquoi pas imaginer que la brique était descellée au départ ? Difficile de se prononcer. Mythe ou réalité? Voyons ce que pense de cette période Maître TAMURA Nobuyoshi dans cet extrait d’un interview tiré du site www.budoshugyosha.com :

« A l’époque, le judo était très populaire en France, et Nakazono sensei enseignait l’aikido au Judo club de Provence, dirigé par une personne qui était le premier champion français de Judo. Je suis également allé enseigner à la légion étrangère avec Abe sensei, j’ai beaucoup d’anecdotes. A ce moment-là, le nom « Abe » était très célèbre. Il existait trois budoka nommé Abe, l’un était Abe Kenshiro, l’un des quatre seuls judoka à avoir battu Kimura Masahiko, un autre était l’actuel 10ème dan de Judo, Abe Ichiro, et puis finalement Abe Tadashi 

… Abe Tadashi était spécialement réputé pour ses combats (Rires). Avec une telle personne servant de bulldozer et ouvrant la route, même un débutant comme moi pouvait y arriver ».
Ses paroles semblent apparemment conforter la  réputation de « dur à cuire » du personnage ABE. Ce qu’il faut comprendre de cette multitude d’anecdotes à son sujet, c’est qu’elles révèlent que Tadashi ABE avait une personnalité plutôt forte et agitée. Rien tout de même qui puisse le confondre avec un super héros de chez Marvel.
Poursuivons pour en savoir un peu plus sur le reste de son histoire en France. Nous voilà en 1957, et il est intéressant de savoir qu’à cette période, l’Aïkido n’est pas encore structuré. Il est constitué essentiellement de pratiquants de judo, qui en plus de cette activité, étudient l’aïkido, souvent après le judo. 
Les pratiquants d’aïkido ne pouvaient-ils donc être autre chose que des « judokas fatigués » ?
Pour avoir des aïkidokas pur jus, il faudrait que l’Aïkido évolue au sein d’une structure indépendante. C’est peut-être pour cette raison que se crée la même année, sous forme embryonnaire, l’Association Française d’Aïkikaï, fondée par Jean Delforge, élève de Tadashi ABE. Cette association sera transformée en 1958 en Fédération Française d’Aïki-Budo (FFAB) présidée par Mr Rigaux-Brix.
Quelques années auparavant, un certain André NOCQUET, ancien judoka, et élève de Minoru MOCHIZUKI, frappe à la porte du dojo du jeune maître Tadashi.
Fier de son engagement auprès de lui, il lui attribue rapidement son premier dan.
En 1955, sur recommandation de Tadashi Abe, O Senseï invitera Nocquet chez lui afin de le prendre comme uchi deshi. Son initiation durera 2 ans environ.
A son retour, bardé de dan(s), dont certaines qu’il s’attribuera en cours de chemin, il est fier d’être l’unique français à avoir séjourné dans le dojo d’O senseï.
Nos consacrerons certainement un article sur le cas Nocquet.
Il projette alors l’espoir de s’attribuer l’exclusivité de l’Aïkido en France, en proposant 1 million de francs à Tadashi ABE, qui, peu regardant, encaisse la somme tout en continuant à animer ses stages dans la capitale. Ce qui lui vaudra un renvoi devant un tribunal pour non-respect des clauses du contrat. Les anciens rient d’ailleurs encore en évoquant cette époque où ils voyaient un huissier débarquer lors de chaque stage.

Sa pratique :

On peut lire dans la plupart des biographies concernant Tadashi ABE qu’il était particulièrement apprécié des judokas. 
Qui d’autres à cette époque auraient pu l’apprécié, alors qu’il enseignait dans des dojos où l’on pratiquait essentiellement le judo ?
L’organisation de l’Aïkido n’en étant encore qu’à ses balbutiements, il n’y avait donc que des judokas, très peu familiarisés avec cette discipline, pour pouvoir apporter des témoignages concernant la pratique, et le « style »  de Tadashi ABE.
Qu’est-ce qu’il en reste ? Pas grand chose aujourd’hui, en tout cas rien qui pourra satisfaire notre soif d’en savoir plus sur sa pratique .
Hormis ces quelques vidéos, pas très glorieuses, que nous vous présentons ici:
1) vidéo n°1 avec TOHEI Koichi, UESHIBA Kisshomaru et Tadashi ABE: le premièr film dédié à la promotion de l’Aïkido en France !
 2) vidéo n°2 avec tadashi Abe et ses élèves.
Nota: nous ne sommes pas responsables de la piètre qualité de ces vidéos.
Et pourquoi pas une dernière info concernant une particularité physique connue chez Tadashi ABE :à force de frapper sur des makiwaras durant sa jeunesse, il n’avait plus de séparations entre les phalanges, elles s’étaient effaçées !
Et c’est quoi les makiwaras, me direz-vous ? Et bien c’est çà :

makiwara

N’allez tout de même pas croire que c’est une pratique courante en Aïkido, puisque le makiwara n’a aucun lien avec cette discipline.

Le retour au Japon :

En 1960, après huit années de travail en Europe, il retourne au Japon, considérant sans doute la mission que lui avait confié son maître Ueshiba, accomplie. Çà, c’est la version officielle. Que vous pouvez lire sur tous les sites de n’importe quelle fédération. On entend plutôt dire qu’il aurait été expulsé suite à une bagarre de trop, une embrouille avec des troupes américaines présentes à ce moment là en France. Pourquoi pas étant donnée la nature du personnage, et son addiction pour l’alcool ?
Avant de nous quitter, il confie à André Nocquet la lourde tâche de le remplacer. Ce qu’il s’empressera de faire assurément . Vu l’ambition du bonhomme !
De retour au Japon, la fondation Akikaï de Tokyo attend Tadashi ABE pour lui décerner son 7ème Dan, compte tenu de son engagement et de son travail en France notamment.
Il se présente à eux, et tel un Tokubetsu Kogeki-Tai avant l’ultime départ, leur lance ceci :

« Je refuse ce grade. Je reçois mes dan du fondateur et non d’une Fondation. L’Aïkido que j’ai appris avec O Sensei était un budo. Depuis mon retour au Japon, je m’aperçois que ce que l’on enseigne ici aujourd’hui n’a plus rien à voir avec cet art martial. Je n’ai plus rien à voir avec vous. Je vous rends mon menjo, certificat de mes grades ».

De toute évidence, il n’apprécie pas l’Aïkido déveleloppé par le fils de Morihei UESHIBA, Kisshomaru, à l’origine de la fondation Aïkikaï. Un « flingueur » comme lui pratiquer un « sport de gonzesse » , comme il dit, çà, jamais ! 
(On verra plus tard que certains maîtres d’aïkido s’en accommoderont très bien, comme maître NORO Masamichi.)
Par la suite, il arrêtera l’Aïkido et se lancera dans les affaires d’import-export de cravates à Hong Kong.
On n’entendra plus jamais parler de lui.
Jusqu’à son décès le 23 novembre 1984 à 58 ans.
Ses derniers mots furent sans doute :« Tenno heika banzaï !» . Certainement adressés à O senseï.

Ce qu’il faut retenir :

 « On entend parfois dire que Kisshomaru Ueshiba a été choisi comme Doshu du Hombu dojo de Tokyo plus pour ses compétences administratives que pour ses capacités techniques. Pourtant, lui et ses élèves sont très largement responsables de la propagation de l’aïkido après la guerre. Peu d’élèves de O Senseï d’avant-guerre sont restés actifs et la majorité de ceux d’après-guerre sont en fait des élèves de Kisshomaru, Toheï, et Osawa plutôt que ceux de Moriheï Ueshiba. …A la fin de la guerre, O Senseï voyage beaucoup. Il lui arrive cependant de monter sur le tapis, d’une façon inopinée, surtout pour parler de l’aspect philosophique de l’Aïkido ».

Ces propos ont été recueillis sur: www.guillaumeerard.fr
En 1948, nous savons que Kisshomaru crée la fondation Aïkikaï de Tokyo.
Le but de cette fondation est clairement de diffuser au plus grand nombre le message universaliste que Moriheï UESHIBA a développé après-guerre.
C’est vrai, au plus grand nombre…
Vous allez voir dans quel contexte.
Aux critiques qui lui opposent l’argument de la qualité devant la quantité, il répond que :

« le potentiel positif de l’aïkido est tel qu’il demande que le message soit diffusé à grande échelle, et que tant que des gens auraient accès à l’instruction, il y en aurait toujours quelques-uns pour atteindre un niveau exceptionnel ».

Ce qui veut dire que si une majorité des élèves de l’Aïkikaï font de la « merd… », ce n’est pas si grave.
Pourtant , à grande échelle, comme il l’entend, et par héritage successif, c’est réserver une mort certaine à cette discipline.
Car, comment transmettre un savoir si celui-ci est tronqué à la base par la majorité des élèves chargés de cette mission ?
La réponse de Kisshomaru UESHIBA :
Former des pratiquants de haut niveau sur la déchéance du pratiquant de base, pour former des pratiquants de base meilleurs !
Tadashi ABE aurait-il pris conscience de cette dérive ? Quoi qu’il en soit, en remettant son menjo au responsable de cette situation, il s’est volontairement détaché de la structure qui était en train de naître, et qui lui devenait étrangère.
Quand on pose la question du départ de Tadashi Abe à Kisshomaru , il répond que « son père Moriheï a de plus en plus changé de pratique tout au long de sa vie, à tel point que certains de ses élèves d’avant-guerre, dont Mochizuki Minoru et Abe Tadashi, ne se sont plus reconnus dans l’aïkido du fondateur après-guerre ».
Il est vrai que l’art de Morihei UESHIBA a évolué aux cours des années, mais pour quelle raison alors maître Koichi TOHEI démissionnera t -il du poste de directeur technique du hombu dojo en 1974 ? La réponse avec le lien suivant: aikidojournal.com
Malheureusement, ce ne sera pas les seules notes discordantes que produira Kisshomaru UESHIBA.
Nous aurons très certainement l’occasion d’en reparler.
Restez donc branchés sur martialartsscams pour être informés véritablement et durablement.
Banzaï !
Ne manquez pas nos prochaines biographies sur NAKAZONO Mutsuro et NORO Masamichi!
Quelques reférences :
www.aikicam.com ( pdf )
www.ecoletenchiaikido.com ( pdf )
www.budoshugyosha.com ( pdf )
www.guillaumeerard.fr ( pdf )
aikidojournal.com ( pdf )
(1) Si vous voulez découvrir l’histoire des « kaiten »(torpille en japonais), cliquez sur:www.lepoint.fr (ou son pdf )
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