Judo traditionnel sabre en mains !

Confusions à gogo dans le monde du foot, heu… du Judo.

L’image des sabres

Nous nous sommes récemment penchés  sur un article au ton chevaleresque datant de 2008 écrit par un certain Luc Levannier et destiné aux fédérations nationales tout art martial confondu (voir mondo1-2.pdf). Nous avons pu y lire des belles phrases comme cette citation de Confucius  –« Une image vaut cinq mille mots » – et découvrir Luc Levannier en photo, un sabre à la main.

Qui est Luc Levannier ?

Luc Levannier est un pionner du judo. Il est à l’origine de la création de l’Ecole Française de Judo Jujustu traditionnel (ou EFJJF).

Pourquoi cet article et pourquoi s’y intéresser ?

  • l’auteur : il est pas content de la manière dont le judo a évolué au cours du temps. Il le crie haut et fort et entend bien trouver une solution au mal qui ronge son sport. Images à l’appui.
  • les faits : pour ceux qui connaissent l’aïkido et son monde ( voir par exemple notre article sur l’UFA ), il est intéressant de voir ce que Luc Levannier essaie de combattre : des propos du genre « Le foot et le Judo, même valeur » (Judo magazine n°224).

Ce que l’on constate effectivement, c’est que le Judo est parti bien loin de l’étude proposée par Jigoro Kano.

Prévisible ? Peut être. Prévu ? … Peut être aussi…

Conception du Judo

Voici le début de la conference-de-jigoro-kano en Californie en 1932 :

« À notre époque féodale, il y avait une quantité d’exercices guerriers, tels que la lutte, le tir à l’arc, l’usage des lances, etc. Parmi ces exercices, il y en avait un, appelé Jujutsu. C’était un exercice complexe qui comprenait principalement les moyens de combattre sans armes, tout en se servant à l’occasion de poignards, de sabres et autres armes. Les procédés d’attaque consistaient surtout à jeter, à frapper, à suffoquer, à immobiliser l’adversaire au sol… ».

Dans la suite de cette conférence Jigoro Kano nous parle du judo comme une manière d’utiliser la force de l’adversaire et de la retourner contre lui, le tout en y mêlant randori et  kata.

Si Kano parle d’utilisation de la force adverse, c’est qu’il a rencontré  avant 1932  Morihei Ueshiba, fondateur de l’Aïkido. Il fut si impressionné de l’art de son compatriote qu’il dira  « Voici le véritable Budo. » Ses activités et son âge ne lui permettant pas de s’exercer lui-même, Jigoro KANO demandera à Morihei UESHIBA d’enseigner son art à ses meilleurs experts dont Kenji TOMIKI et Minoru MOCHIZUKI, qui figure comme par hasard dans l’onglet historique du site de Levannier www.efjjt.

Minoru MOCHIZUKI premier représentant de l’Aïkido en France en 1951 semble donc avoir  influencé Levannier dans sa recherche d’un judo-jujutsu traditionnel.

Curieux pour un représentant du judo, mais première influence de l’Aïkido sur le judoka Levannier.

Un judo olympique sans opposition est-il possible ?

Les jeux olympiques aujourd’hui, c’est :

  • La culture de la performance : les athlètes du  judo justifient leurs performances par la taille de leurs muscles. Il suffit de regarder les combats de Teddy Riner pour s’en rendre compte. Les judokas passent autant de temps dans les salles de musculation que sur les tatamis. Une incohérence difficile à résoudre quand on sait que Judo veut dire littéralement « voie de la souplesse ».
  • La culture de l’élite : Jigoro Kano disait « Mon sport sera populaire et éducatif pour la jeunesse ». Et la devise des jeux olympiques, dont le Judo est une discipline depuis 1964, c’est gagner des médailles en étant toujours plus fort chaque jour qui passe . On recherche le champion. La culture de l’élite. Comme au foot. Pour les autres qui restent, eh ben y reste pas grand chose (voir notre article sur Teddy Riner pour vous en convaincre).

Rien d’étonnant du coup qu’un Levannier soit partisan d’un judo traditionnel si les valeurs sportives du judo aujourd’hui sont devenues celles du foot.

Ouais, mais comment y parvenir ?

La lame du guerrier

Luc Levannier, dans mondo1-2.pdf, nous donne 4 belles images : les sabres. Et oui, les katas avec des sabres, ça pourrait être la solution. Cela permettrait de détendre nos judokas bodybuildés qui espèrent encore à un retour d’un judo traditionnel. Et quoi de mieux que le travail au sabre ?

En aïkido, le fondateur était un expert dans l’art du sabre avant de créer l’aïkido. Il a intégré son utilisation dans un but précis, et sûrement pas celui de ressembler à un samouraï. L’aïkido tend à rendre les gens libres (le mot « samouraï » signifie exactement l’inverse de cela).

Si l’on souhaite commencer une étude, il s’agit au départ de faire un choix judicieux !

Si Luc Levannier souhaite étudier ce qu’il dit (meilleur emploi de l’énergie, étude plus poussée des principes, etc.), il existe l’aïkido…

Une solution : l’aïkido

L’aïkiken est l’étude de l’aïki avec un sabre en bois, pas de kata (contrairement à ce que croit Levannier) ni de randori, juste l’étude des principes comme c’est le cas dans toute l’étude de l’aïkido. C’est simple, cohérent, et intégré.

Fort heureusement l’aïkido a  été conçu de cette manière et permet d’en protéger l’étude véritable.

Et puis l’aïkido est le contraire d’un sport ! Parole de son fondateur : Morihei Ueshiba.

Alors pourquoi Levannier ne fait-il pas tout simplement de l’aïkido ? La réponse plus bas.

L’éclair de génie de Levannier

Un constat

Le judo est plutôt en déperdition ces dernières années. Seuls les cours enfants fonctionnent mais c’est plus de la garderie en général. On y intègre depuis des années déjà  des cours de jujustu, mais ça ne marche pas non plus.

Une super idée

Histoire de renflouer les troupes, on relance la machine et on le fait savoir par un article sur le bon sens d’un retour à la tradition, parce que la tradition, ça a du bon. Histoire de récupérer les individus fâchés avec les institutions comme certains adhérents de la FFJ.

Une réalisation…

Pour se faire, rien de plus simple, on ressort le discours et les tenues traditionnelles des samouraïs, les sabres plein de poussière et puis comme il y a très peu de gens qui se souviennent des katas des samouraïs des siècles passés, on s’inspire éventuellement des techniques d’aïkiken issu de l’aïkido… traditionnel bien entendu (peut-être la deuxième influence de l’aïkido sur Levannier), sur ses voisins qui font cela depuis toujours :

on peut citer Alain Peyrache, et son école européenne d’aïkido traditionnel ainsi que la FAT ou Fédération d’Aïkido Traditionnel créée par Daniel André Brun (on est déjà plus dans la même catégorie ) pour le côté traditionnel, et en ce qui concerne les fédérations sportives,  la FFAB du temps de Tamura et c’est à peu près tout. On ne cite pas la FFAAA, parce que ce sont tous des manchots au sabre (La faute à C. Tissier qui prétend qu’on peut sans passer).

Le hic

Le problème, c’est que cette démarche manque complétement de cohérence. Rien de tout cela n’est bien ficelé et cela ressemble plutôt à un patchwork inutilisable et de bien mauvais goût : randori, katas, utilisation de quelques techniques d’aïkido et d »aïkiken, fierté du samouraï et pose photos (quand on sait pas manier une arme, on a toujours l’air moins con en photo qu’en vidéo).

Du coup, vu que ça ressemble à rien, l’ensemble n’est pas très convaincant. Mais Levannier a de la suite dans les idées …

Anticipation, contre-argument, blocage au sol

Levannier va tenter le « ippon »  en ayant l’audace de conclure que le judo est à l’origine de tous les arts martiaux en France. Et voilà, hop hop hop, c’est plié.

Chapeau le gars ! Il fallait oser. Il l’a fait !

Il a même rajouté le Judo dans la liste des arts martiaux qui doivent leur origine à des professeurs de judo !

  • « Le Judo : le professeur Mikonosuke Kawashi,
  • Le Karaté : le professeur Henri Plée,
  • Le Kendo : le professeur Claude Hamot,
  • L’Aïkido : le professeur Nocquet,
  • Le Ju-jutsu : le professeur Bernard Pariset,
  • Le Nihon-Taïjitsu : le professeur Roland Hernaez,
  • Les disciplines chinoises : le professeur Louis Renelleau…
  • Et bien d’autres professeurs qui m’excuseront de ne pouvoir les citer. »

Si on prend l’exemple de l’aïkido et qu’on doit comprendre que André Nocquet est à l’origine de la naissance de cet art martial en France, c’est à mourir de rire !

Pour conclure

Levannier citait Confucius, dans l’introduction : » Une image vaut cinq mille mots« . Sans doute croit-il qu’il suffit de s’afficher un sabre à la main sur des photos pour être un samouraï ? Quand bien même le serait-il, une image représentant une technique martiale, ne vous enseigne rien martialement. Pas plus que la photo d’une fleur comme symbole de l’harmonie. Citer ses quelques mots de Confucius n’est pas adapté à la situation et ne rend certainement  pas Levannier plus convaincant.

On retiendra de lui sa volonté de s’élever contre l’obscurantisme fédéral labellisé  » jeunesse et sport « . Où on s’aperçoit que le sport, c’est toujours une histoire de pouvoir et de fric, une usine à faire des champions. A l’image du foot, on ne pouvait donc pas s’attendre à autre chose pour le judo.

Le recours ou le retour à la « méthode traditionnelle »  vue par Levannier pour contrer les modèles sportifs imposés par l’État est courageux mais cela demeure encore trop flou pour qu’on y comprenne quelque chose, et qu’on le prenne au sérieux.

 

 

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